Rebondir ou le bonheur d’échouer…

Il suffit de passer quelques minutes sur LinkedIn pour être bouleversé par ces grandes voix qui se dressent pour célébrer l’échec, de Churchill à Michael Jordan, de Kennedy à Henry Ford, de James Joyce à Abraham Lincoln. Mais rien sur Auguste Blaveux, pâtissier à Laroche-Migennes, qui a dû fermer son commerce en 1913 et ne s’en est jamais remis. Moralité, on garde de ceux qui ont rebondi très haut une sentence vivifiante, on a enterré les autres. Tout est donc dans le rebond. Michael Jordan ne me contredira pas. D’autant qu’à la différence des balles, les humains peuvent rebondir plus haut que le point de départ de la chute. Bref, l’échec est magnifique tant qu’il n’est pas définitif.
Alors comment n’en faire qu’un mauvais passage?
Ce sont nos clients – crise, compétition et transformation aidant – qui nous ont amenés à réfléchir et travailler sur ce thème. Le besoin d’adaptation passe par l’innovation. L’innovation passe par l’échec. Le rebond et le succès passe par l’acceptation de l’échec. Mais l’échec n’est pas toujours reconnu, ni accepté pour ce qu’il est : un avatar incontournable du risque intrinsèque lié à l’innovation. L’échec serait-il donc le premier pas vers la honte? En d’autres termes, voici la question :

Comment faire accepter l’échec comme une donnée intrinsèque du progrès et s’en servir pour rebondir?

Accepter l’échec

L’échec, qui ne l’a pas connu? Attention, l’échec n’est pas l’erreur, même s’il advient en général à la suite d’une ou de plusieurs erreurs, parfois de process, souvent de jugement, généralement d’analyse… L’échec est la faillite éventuelle d’une initiative. Autrement dit plus il y a d’initiatives, plus on augmente la probabilité d’échecs. Comment dès lors demander davantage d’initiative sans accepter l’échec, ou davantage d’échecs? Il ne s’agit pas de célébrer l’échec mais d’en reconnaître les vertus pédagogiques. Dans un monde “corporate” de grands groupes, très dominé par les logiques de l’honneur, chères à Philippe d’Iribarne, où réussir à tout coup, ou du premier coup, tient lieu de carte d’identité, on a vite fait de dévaloriser l’échec ou, pire, de le glisser sous le tapis, prenant ainsi le risque de ne plus rien tenter et donc de ne plus rien apprendre. Sans doute les start-up ont-elles une approche plus réaliste tant l’échec, au moins statistiquement, est-il une option plus probable.

La Boussole Émotionnelle©

Nous avons observé nos propres échecs et, avec nos clients, les leurs, et la façon dont nous avons tous pu rebondir. Nous nous sommes rendu compte à quel point la gestion de la dimension émotionnelle de l’échec est prégnante dans le trajet qui conduit vers le rebond. Ce qui a vite émergé est un processus assez simple, une route qu’il faut suivre afin de sortir plus fort de ce qui, d’emblée, nous a affaibli. Parce que c’est un trajet, nous l’avons appelé la Boussole Emotionnelle.

 

 

Etape 1: la colère (actif / négatif)

C’est l’échec. Ca ne marche pas et la colère monte, souvent très “active”. Il suffit de voir un ado jeter son joystick contre le mur parce qu’il n’a pas passé le niveau 3 de son jeu… C’est que la colère est sœur de l’impuissance. Et l’impuissance, quelle qu’elle soit, met en colère. Face à la colère, il est parfois sage de ne rien faire. De laisser retomber la poussière, dit-on. Au mieux peut-on la canaliser, passer à autre chose et ce faisant lui faire perdre de sa virulence. Mais il faut l’accepter, elle est naturelle et dans le meilleur des cas, passagère.

Etape 2: la tristesse (passif / négatif)

Elle est la version passive de la colère et la suit bien souvent. Déception, dépression, envie de tout abandonner, perte d’énergie. La tristesse est le moment des solidarités et, pour les équipes que la colère pourrait avoir affaiblies, le moment de se rassembler et de retrouver dans le collectif l’énergie à laquelle l’individu n’a plus facilement accès. Ce moment du “collectif” est à la fois émotionnel et intellectuel car c’est là que se fait le passage vers le rebond.

Etape 3: la satisfaction (passif / positif)

Elle émerge de l’analyse, de la compréhension de ce qui s’est passé, d’un approche analytique et sans jugements des erreurs ou des faiblesses qui ont conduit à l’échec. Le résultat est la satisfaction que procure le fait d’avoir compris, de maîtriser ensemble une situation nouvelle. Trop souvent, la colère mène à la chasse au responsable, au jugement de personne et détruit les solidarités nécessaires au rebond. On ne juge que les fautes intentionnelles, le reste est évaluation et analyse des écarts.

Etape 4: la joie (actif / positif)

On aurait pu dire l’enthousiasme, mais non, la joie est un mot bien plus fort, car il contient, au-delà de l’énergie qu’il désigne, le sourire individuel et collectif de ceux qui entrevoient la solution et s’y engagent pour tenter à nouveau. La joie est le signe que le rebond est engagé et que l’échec a été fructueux.

La crise aidant, ICM a travaillé avec ses clients sur la résilience des équipes et leur capacité à rebondir dans des situations critiques. A rebondir plus haut, va sans dire. Ce modèle, nous l’avons transformé, pour les équipes, en un programme de séminaire visant à développer la capacité de rebond. Les outils que nous partageons, pour faire travailler les équipes et leurs leaders, n’ont qu’un seul but: continuer et réussir ensemble quand la mer est très forte, et ne faire des échecs qu’une leçon ouverte sur le rebond.

 

Share

 

Post a comment

Leave a Reply